Le brutalisme est un mouvement architectural que l’on retrouve un peu partout au Québec, particulièrement au centre-ville de Montréal. Il est très populaire auprès des architectes entre 1950 et 1970, soit la même période où la métropole connait un essor substantiel, notamment en raison de l’expo 67. Voilà qui vient expliquer sa forte présence en sol montréalais. Le brutalisme est facilement reconnaissable grâce à ses formes angulaires géométriques et l’utilisation du béton comme principal matériau de construction. Contrairement au style international ou au déconstructivisme, le brutalisme n’a rien pour charmer : les édifices, en plus d’être grisâtres et en béton, sont souvent dépourvus d’ornementation et cicatrisés et défraîchis par le mauvais temps. Pourtant, je crois qu’il y a matière à apprécier ce type d’architecture. Il est d’abord intéressant de s’attarder sur ses origines.
Le Corbusier – le Père du brutalisme
Le brutalisme émerge alors que la deuxième guerre mondiale en est à ses derniers souffles. Les faibles coûts associés aux matériaux (béton, verre et acier) et aux méthodes de constructions qui le caractérisent en font un choix attrayant pour la reconstruction d’après-guerre. Le franco-suisse Charles-Édouard Jeanneret-Gris, mieux connu sous le nom de Le
Corbusier, est sans contredit le principal architecte du mouvement.En 1945, il entreprend la construction de La Cité Radieuse de Marseille, un complexe résidentiel que l’on cite souvent comme un des premiers exemples de brutalisme. À l’époque, il représente une innovation substantielle, ne serait-ce que par son toit terrasse (on renonce ici au toit en pente traditionnel) et par les pilotis à la base de l’édifice qui transforment ainsi le rez-de-chaussée en espace destiné à la circulation. Ces éléments sont d’ailleurs deux des cinq points de l’architecture moderne publiés en 1927 par Le Corbusier.
Quelques exemples de brutalisme à Montréal
Certains diront que la plupart des édifices de béton de Montréal sont laids. Toutefois, selon moi, plusieurs qui valent la peine d’être observés avec attention. En voici quelques uns qui ont su retenir mon attention:
1. Le Rigaud (rue St-Denis)
J’aime bien cet édifice pour sa silhouette qui me rappelle celle d’un temple chinois. (Crédit photo: imtl.org)
2. La McLennan Library de l’Université McGill (rue Sherbrooke Ouest)
Le béton de l’édifice est encore en bon état ce qui aide à l’apprécier. Ses fenêtres lui donnent par ailleurs le look d’un jeu géant de Tetris.
3. Hôtel Le Germain (rue Mansfield)
Entouré de gratte-ciels en verre, ce petit hôtel a retenu mon attention pour sa fenestration teintée par le bleu du ciel qui contraste avec le gris du béton usé. Il semble tout fragile malgré sa structure de béton.
4. Habitat 67 (avenue Pierre Dupuy)
Probablement le plus connu et le plus apprécié des exemples. La célèbre habitation a d’ailleurs récemment remporté un concours organisé par la marque LEGO devançant la tour Eiffel et le colisée de Rome à titre d’icône architecturale. Quand même! (crédit photo: Ville de Montréal)
5. La station de métro Verdun
Le brutalisme est même présent sous terre à Montréal! Plusieurs stations du métro de Montréal viennent en effet s’inscrire à ce courant. Une des plus réussie est selon moi la station Verdun. Il est impressionnant de voir les colonnes massives en « v » qui soutiennent le poids immense des poutres du plafond. (crédit photo: metrodemontreal.com)
6. Pavillon Judith Jasmin de l’UQÀM (rue Ste-Catherine)
J’ai retenu cet édifice pour vous montrer que les édifices du brutalisme ne sont pas toujours en béton. Ils peuvent parfois être construits à partir de d’autres matériaux, telle la brique dans le cas du pavillon Judith Jasmin de l’UQÀM. On retrouve par contre du béton dans sa construction interne, notamment dans l’agora principal. (crédit photo : UQÀM)
Restaurer le brutalisme
Tel que mentionné au début du billet, le brutalisme a tendance à mal vieillir. Toutefois, certaines bâtisses ont eu la chance de subir une cure de rajeunissement. Souvent, tel qu’observé dans les deux cas retenus ci-dessous, le simple fait d’ajouter de la fenestration aura su transformer l’édifice.
La place Bonaventure (rue De La Gauchetière)
En 1998, 60 millions de dollars ont été investi pour rénover ce qui a déjà été le plus gros bâtiment commercial au monde lors de sa construction en 1967. Des fenêtres ont été ajoutées aux étages intermédiaires et un jardin a été aménagé au pied de la façade ouest.
Édifice Decelles du HEC Montréal (rue Decelles)
Pour habiter près de cet édifice, j’ai eu la chance de suivre en direct l’évolution des travaux. Je me demandais bien ce qu’ils allaient apporter de nouveau à l’imposante bâtisse. Finalement, ce sont de nouvelles fenêtres qui ont été ajoutées pour éclairer l’intérieur de l’édifice qui en effet manquait un peu de lumière naturelle. Le résultat est selon moi réussi.
Et voilà! J’espère que ce billet vous aura plu. Je vous laisse sur cette photo d’un édifice commercial, le Volume B store, à Sao Paulo au Brésil. Il a été construit récemment et démontre selon moi que le brutalisme peut bien s’adapter aux tendances modernes s’il est mis en valeur.























